Une position stratégique dans le massif des Dentelles de Montmirail
Après la révolution agricole du XIXe siècle, Suzette devint la capitale des abricots, avec sa variété locale le « rosé de Suzette » , jusque dans les années 1980 avec une production annuelle de 300 tonnes. Les fruits se vendaient principalement sur les marchés du Barroux, de Beaumes-de-Venise et de Caromb.
Dans les années 1960, on commença à remplacer les abricotiers des cultures en terrasses par de la vigne. À Suzette, différentes variétés, appelées cépages, cohabitent. En 1979, les coteaux de Suzette obtinrent l'appellation AOC Côtes du Rhône villages Beaumes-de-Venise, puis AOP Beaumes-de-Venise cru.
Aujourd'hui, on y produit des cépages noirs (grenache et syrah) donnant du vin rouge et rosé, ainsi que des cépages blancs comme le viognier.
Suzette compte deux hameaux et de nombreuses fermes isolées.
Cette spécificité est propre aux zones méditerranéennes escarpées : les habitats sont dispersés en raison des rares points d'eau. Chaque bâtisse correspond à des alvéoles de vie ayant permis aux hommes de subsister.
Vivre, justement, n'était pas chose facile dans ces montagnes.
Jusqu'à la Révolution française, les Suzettiers cultivaient le blé, l'olivier, la vigne. Ils pratiquaient un petit élevage de chèvres et brebis, dans le respect des coutumes seigneuriales qui encadraient la vie de chacun.
En raison de la configuration particulière de Suzette avec ses hameaux, le pouvoir seigneurial était morcelé entre deux seigneureries bien distinctes. À la Révolution, les premiers arrêtés municipaux précisent « commune de Suzette et Châteauneuf-Redortier réunis ». Cependant, Suzette eut le privilège de recevoir la mairie, puis l'école communale en 1883, après les lois Jules Ferry rendant l'école gratuite, laïque et obligatoire, et enfin le fameux café Chambon, principal lieu de sociabilité du territoire !
Reste le blason du village, lointain souvenir de la « commune de Suzette et Châteauneuf-Redortier réunis » composé des bandes des seigneurs d'Allemand et du loup des seigneurs d’Agoult..
Le territoire de Suzette semble avoir été occupé depuis l'Antiquité.
Des vestiges gallo-romains ont été découverts sur plusieurs sites : tuiles, fûts de colonnes et monnaies du règne d'Hadrien (76-138 de notre ère).
Le village est cité pour la première fois au XIIe siècle sous le nom de Suza et, en 1246 Suzetta.
Comme sa voisine Gigondas, Suzette était possession de la principauté d'Orange. Dans les faits, le prince déléguait le pouvoir à des petits seigneurs, ses vassaux.
En raison de sa position stratégique aux frontières du Comtat Venaissin, un château, ou plutôt un castrum fortifié, se dressait au sommet du village. Détruit durant les guerres de religion dans les années 1560, il fut sommairement reconstruit en tour de garde au XVIe siècle. En 1713, Suzette et la principauté d'Orange devinrent françaises.
Pour en savoir plus, voir les panneaux situés à la table d'orientation ou lire le livre de Patrick Ollivier-Elliott, Vaison-la-Romaine & le pays des Dentelles de Montmirail, Carnet d'un voyageur attenti, Édisud 2016 (p. 104-108).